Présentation du thème « émotion » pour l’édition Bernoise des Pecha Kucha Nights

Les images que vous verrez défiler au dessus de ce texte n’auront pas de rapport direct avec ce que vous allez lire.
Il y a un rapport quelque part, mais il n’est pas donné directement, pas pour vous cacher quelque chose mais parce que d’une certaine manière les images qui sont là au dessus du texte vont vous dire des machins, que vous n’avez pas forcément besoin de lire sous forme de mots.

Au tout début nous étions assez réservés sur le terme d’émotion, parce que ça nous paraissait trop psychologique. Ce mot nous apparaissait comme une sorte d’opinion, un mot un peu valise, il nous renvoyait vaguement à un imaginaire de films holywoodiens ou de sensation galvaudées.

Puis on s’est demandé au fond ce que ce mot voulait bien dire, alors on est allé consulter wikipédia pour savoir.

En fait émotion signifie “mettre en mouvement”, “faire mouvoir”. C’est une sensation qui fait bouger, cela signifie donc une forme qui a rapport avec l’espace.

L’émotion est donc moteur du mouvement.

Si j’éprouve telle où telle émotion, elle me fait bouger de telle où telle manière.

Pour qui pense la ville comme ensemble de trajectoires qui se superposent, se croisent, se rencontrent, trouve en l’émotion le moteur.

L’émotion est étymologiquement un motif.

Dans un second temps nous avons découvert chez les psychologues l’existence de plusieurs types d’émotions : les émotions simples, les émotions complexes (souvent hybrides d’émotions simples) et aussi les pseudo-émotions. C’est donc tout un répertoire qui constitue un ensemble riche de motifs.

Nous nous sommes alors demandés ce que ça pouvait nous faire à nous qui intervenons dans les pratiques spatiales.
Nous nous sommes alors imaginés à quoi pouvait ressembler une ville si l’on en dessinait que ses composantes é-motives. Une ville faite de trajectoires déterminées par le répertoire des émotions : un trajet joie, une courbe dégoût, un saut volupté. Quelque chose à la manière des pratiques psychogéographiques situationnistes.

C’est donc une idée de la ville plus proche d’un “composé de corps” en mouvement que d’un cadre bâti statique.

Néanmoins se composé de corps fait aussi intervenir les objets. Mais le rapport émotif aux objets se fait dans une perspective complexe ou on ne fait plus de différence entre ce qui est en dedans où en dehors du corps. On parle alors d’agencements homme-objet où encore de machines émotives.

Nous demandons alors maintenant : y-a-t-il des figures spatiales émotives?
Pourrait-on en dessiner les lignes et les contours?
Est-ce que la telle émotion intense nous fait parcourir l’espace à sa (où ses) façons?

De quelle manière telle ou telle type d’émotion fait intervenir un rapport particulier aux objets designés? Ou se situent-ils à chaque fois dans le processus émotif. Est-ce l’objet peut-être lui-même mis en mouvement?

Quelles sont donc ces géométries mouvantes qui émanent de ces motifs? Sont-elles d’attraction où de repulsion? D’arrangements centralisés où linéaires? Dehierarchisées ou arborescentes?
Sont-elles récurrentes ces figures? Sont-elles individuelles où collectives? Sont-elles liées à des phénomènes de foule, de masse? Sont-elles d’imitation où de différence?

Le passionnel file-t-il toujours tout droit?

Quels sont les effets de ses figures? Quels types de composés générent-elles exactement? Quels types de rapport au terrain, à la ville générent-elles, sont-elles porteuses de changement et d’innovation? Même d’un point de vue structurel et infrastructurel?

Enfin propose-t-elles des formes d’habitudes sociales nouvelles?
Sont-elles porteuses de changement où de perturbation dans les modes très codifiés de coprésence des corps dans le territoire?

L’idée des vidéos que vous pouvez voir au dessus de ce texte participe de ce questionnement. C’est une tentative d’imaginer quelles types de figures spatiales, figures-mouvements pouvaient être générées par un répertoire donné d’émotions.
Ce sont simplement des exemples montrés ici pour vous faire réagir, vous émouvoir. Elles peuvent être imparfaite, un peu floue mais elles ont le mérite de susciter l’interrogation. Ces images peuvent faire l’objet d’un répertoire plus approfondi, exhaustif mais aussi et surtout collectif et ouvert.
Nous vous invitons à y participer.