Le texte qui suit vise à présenter un certain nombre d’hypothèses élaborées dans le cadre du projet FWC. Ces hypothèses concernent le travail, le gratuit et le travail gratuit. Plus largement elles concernent la question des services non-marchands dans l’espace public contemporain.

Nous ne sommes pas économistes, ni sociologues, ni anthropologues ni méta-observateurs. Nous n’avons donc pas de compétences particulières pour parler du travail et de la gratuité (en tout cas, nous ne pouvons pas en parler comme des experts). Nous sommes pourtant régulièrement confrontés à l’exécution de tâches qui relèvent du travail et qui pourtant ne sont pas rémunérés.

Peut-être êtes vous vous mêmes des travailleurs non rémunérés. Quand est-il de votre situation? Comment envisagez vous le fait de faire certaines choses gratuitement? Est-ce normal?

Il arrive aussi souvent que le travail que l’on effectue ne corresponde pas à un métier au sens habituel du terme. Plus précisément ce genre d’interrogations survient lors d’interventions dans l’espace public sous forme d’installations, de bricolages, de projections, d’actions qui n’obéissent à aucune commande préétablies. Ces questions surviennent d’une manière d’autant plus aiguës que ce genre d’interventions ne semblent pas de prime abord d’une grande utilité.
Pour répondre à ces questions nous avons décidé d’ouvrir un lieu fictif : l’agence FWC qui doit permettre d’interroger notre situation quotidienne de travail non rémunéré et non utile. L’agence FWC, c’est comme une agence d’intérim.

Les facteurs conjugués de la tertiarisation de la société et des effets aléatoires de l’organisation socio-économique contemporaine amènent à la fabrication d’emplois de service au contenu toujours plus extravagant. Ces emplois se logent dans les interstices des réseaux de services qui couvrent les besoins supposés de la société pour s’inventer comme maillons manquants : que se passe-t-il entre le lavomatic et le vendeur de lessive? La réponse est : l’organisateur de file d’attente.

Après avoir créé le personnage fictif d’organisateur de file d’attente, nous avons reçu un message d’une amie qui nous disait qu’à Tokyo ce métier existe déjà.

Ainsi on se rend compte qu’au fur et à mesure que l’on créé des services nouveaux, on créé par la même occasion des emplois manquants, puisqu’un service, s’il semble répondre à un besoin supposé de la société, entraîne par la force des choses la création d’autres besoins qui nécessiteront à leur tour la création d’autres services etc… La situation amène dans les cadres métropolitains contemporains à la prolifération d’emplois de services qui sont d’étranges mélanges entre vieux métiers archaïques et nouveaux besoins : porteur de pancarte publicitaire, promeneur pour animal de compagnie…

Il en faut peu pour étendre la liste des métiers à un ensemble plus large : nettoyeur de semelles de ville, enleveur de pub en boîte aux lettres, lustreur de poignées de porte, homme cabine téléphonique, monstre pour enfant, vendeur de sac d’air, modérateur de jardin d’enfant, organisateur de caddie, gagneur de temps, rangeur de quarante cinq tour d’Adamo, coach de R M Iste, ambianceur de salle d’attente, homme mètre, créateur d’excuses, démonstrateur d’horodateur, kébabologue, compteur de doigts…

Ces emplois sont sous-payés voir quasiment sans rémunération. Mais qu’importe puisqu’il compte plus d’occuper une place dans le réseau de services (ce qui se résume par “avoir un emploi”) que de gagner de l’argent avec celui-ci. Dans les discours politiques, la question de la “valeur travail” revient sans cesse. Cette valeur est moins une valeur économique qu’une valeur sociale : occuper une place dans la société, être un rouage utile de la machine (et en jouir).

Il est donc plus important d’occuper un poste que d’en tirer un parti quelconque.

Parallèlement alors que l’on occupe les cases vides la création de métiers se fait aussi l’idée d’inventer une activité. En dehors du circuit économique qui détermine la place que chacun doit occuper (son emploi), tout le monde invente quotidiennement d’autres pratiques qui se font avec autant de sérieux, voire plus, que celles qui sont rémunératrices et pour lesquelles ont est sensés occuper une place utile. Cette catégorie d’activité n’est pas du bénévolat, ni du volontariat, ni du stage ni du hobby. Il s’agit de Freeworking.

Cette question des services s’applique aussi aux dispositifs urbains, car pour la création de services, virgule, les objets ont aussi un emploi, au même titre que les humains. Parallèlement à ce questionnement autour des emplois se construit aussi un questionnement autour des objets : objets techniques, objets technologiques, dispositifs, médias (a Tokyo, il existe une radio qui diffuse en permanence un son d’embouteillage dans une autoroute, pour faire croire à son mari – ou sa femme – que l’on est coincé dedans).

Pour résumer, la notion de Freeworking s’applique aux services qu’il est possible de créer dans l’espace public propre au cadre métropolitain contemporain. Ces services peuvent prendre différentes formes, celles d’actions dans l’espace public, mais aussi de dispositifs et de médias. Un freeworker, c’est donc aussi un réparateur de fuite en milieu urbain, un expert en ameublement d’extérieur, un dévolu à l’occupation d’interstices perdus, un créateur de terrain de sport sur parking etc…

La question se situe donc au niveau de l’offre, le service gratuit que l’on est capable de mettre en oeuvre dans l’espace public où dans l’espace ouvert au public. Que se passe-t-il lorsque l’on décide d’offrir spontanément un service? Jusqu’à quel point est-on encore dans la légalité? Comment cette action est-elle perçue par le public?

Pour mettre en oeuvre ces questionnements nous proposons l’ouverture de l’agence freeworking.

L’agence freeworking est située en face du 36 rue Revol à Grenoble et se propose d’accueillir les personnes intéressées dans des conditions de confort inégalées dans l’espace public.

Le personnel de la corporation propose à tout un chacun de venir y réaliser un bilan de compétence de freeworker. Tout freeworker intéressé pourra réponde à un questionnaire élaboré par notre équipe. Les questions posées au freeworker tourneront autour du travail, du gratuit et du travail gratuit.
Il s’agira au travers de ces entretiens de fabriquer un catalogue raisonné de services envisageables sur la zone d’étude de l’opération, d’ “habiter au bord de la panique” sous la forme de “CV Passion”.