Conférence par Damien et Naïm dans le cadre du séminaire Cumulus pour l’édition 2008 de la Biennale de Design de Saint Etienne.
Cliquez ici pour voir le document de présentation de la conférence.
Ci dessous, le texte d’introduction de la conférence :

1.

Wikibivouac et les autres projets que nous allons présenter sont des cartes collaboratives qui se donnent pour objectif le relais des pratiques alternatives dans le territoire urbain encourageant ainsi, par la mobilisation d’une « connaissance en réseau », un rapport original à l’espace habité.

Par réseaux, nous entendons un moyen, qui permet la mise en relation… des individus, des choses et des lieux. Ainsi, la notion de réseau comprend intrinsèquement celle de communication, de transmission de l’information et par là même des conditions de cette transmission.

Ces conditions de possibilité sont de deux natures:
– matérielles : le territoire et les structures physiques qui permettent le mouvement et la mise en relation des humains et des objets,
– les structures ‘virtuelles’ (ou immatérielles), qui permettent la circulation de la connaissance, de la communication et de l’imagination.

2.

Par là même, il s’agit de mettre en jeu l’analyse et la conception classiques de l’espace par la recherche de possibilités alternatives d’utilisation et le détournement de « ce qui existe » déjà.

Pour cela, les projets que nous présentons fonctionnent comme des collecteurs / aggrégateurs de données, expériences, connaissances différentes recensant des informations de diverses natures, utiles à une occupation informelle de l’espace urbain et aussi à penser de nouvelles formes de construction.

Et dès ce moment, se posent des questions mettant en jeu le rapport matériel, immatériel lorsque l’on se demande par exemple : comment peut-on introduire des données sensibles à l’intérieur d’un système technique qui a pour vocation la circulation des informations?

3.

Ainsi, la problématique sous-jacente à ces projets peut se formuler ainsi : quel type de connaissance territoriale peut-on produire à partir de la géolocalisation des données sur Internet ?

Et, en quoi la diffusion, via Internet, d’une connaissance écologique du territoire est à même de générer de nouveaux usages et de nouvelles pratiques ?

Ainsi, l’émergence de nouveaux comportements et habitudes est utile pour penser de nouvelles pratiques urbaines. Par exemple on pourrait se demander les conséquences d’une pensée du partage du territoire urbain en termes d’open source…
Ou encore, qu’est-ce que cela provoque d’imaginer un groupe de personnes comme un moteur de recherche…?
Ou enfin, de changer les caractéristiques sensibles d’un lieu comme on chargerait une feuille de style CSS…?

4.

Le web transforme les conditions de formalisation et de transmission de la connaissance. L’exemple en est wikipédia.
Nous faisons l’hypothèse que par la réalisation de la carte collective, ce n’est pas seulement un savoir non institutionnel, non contrôlé par les formes de pouvoir qui va émerger mais surtout se forment les conditions de possibilité de formalisation de nouvelles pratiques usagères territorialisées.

5.

Le point de départ de ce travail est lié à la notion de GeoWeb (un terme proposé en 1994 par Charles Herring) : l’intrusion progressive des coordonnées géographiques dans le web.
Aujourd’hui devenu un fait commun qui mobilise autant les projets que les recherches. En témoigne la diffusion des données géolocalisées, sur Internet, mais aussi leur intrusion dans la vie de tous les jours : dans les téléphones portables, les systèmes de transport, les GPS etc.

6.

Avec l’arrivée du Geoweb la connaissance en réseau change de statut pour se territorialiser. Se pose alors la question des méthodes pour la récolte de cette connaissance, puis celle de la capacité du web à récolter une connaissance éparse localisée et à la diffuser.

Ainsi, émerge l’idée, le désir de s’attaquer à la question de la connaissance pratique, sensible et usagère du territoire. Cette connaissance écologique du territoire (une connaissance de terrain, habitante, ultra-locale. C’est une connaissance non savante, une connaissance habitante) et sa diffusion par le moyen du réseau internet est-elle à même de générer de nouveaux usages et de quelles nature ceux-ci peuvent-ils être ?

7.

La carte comme outil se retrouve ainsi elle même en jeu, autant dans ses modalités de production que dans celles de sa diffusion.

La carte est une forme institutionnalisée de relais du pouvoir. Par exemple, aucune carte officielle de la ville de Rio de Janeiro ne représente, ni même n’indique la présence des favelas.

De plus, à côté de la connaissance formalisée, experte du territoire il existe des connaissances plus difficiles à catégoriser. Ces connaissances sont néanmoins constitutives des usages de chacun au jour le jour dans l’environnement urbain.
En visant une collecte des informations « par le bas », la démarche mise en œuvre favorisant une conception collective de la carte, est à même de mettre en jeu les rapports de pouvoir existant de manière inhérente à la cartographie.

Ainsi, par le type de données que nous cherchons à cartographier, et par la manière, la méthode même de collecte et de diffusion de l’information, se dessine l’objectif de ce projet qui consiste à décaler la nature institutionnelle de la carte et les rapports de pouvoir qu’elle orchestre à travers sa conception que l’on peut qualifier de « surplombante ».