Three Transitions nous montre une série d’effets vidéo.
Ceux-ci s’appuient sur deux dimensions : l’une intensive qui est liée à la qualité optique du Bleu et des possibilités de l’incrustation, l’autre extensive qui concernent la position dans l’espace d’une ou deux caméras, d’un acteur et d’accessoires plans (écrans de papier).
L’adjectif intensif concerne les qualités propres de la couleur et extensif la disposition d’objets dans l’espace (pour plus de précisions sur les concepts d’intensivité et d’extensivité voir l’article consacré à la perception sur Wikipédia, l’interprétation de ces concepts pour saisir le travail de Peter Campus est personnelle et ne correspond pas forcément au sens précis de ceux-ci).

Peter Campus s’appuie plus particulièrement sur l’effet d’incrustation obtenu par la disposition de la couleur bleue dans la scène (couleur qui sera ensuite enlevée au montage pour être remplacée par une autre image). Pour bien faire nous ne résistons pas à vous montrer le trailer du film faisant pour la première fois utilisation de cet effet au cinéma : « The Thief of Bagdad« … Beauté de l’homme en peau de bête qui se bat contre une araignée géante, superbe du cavalier qui s’envole dans le ciel Moyen-Oriental.

Revenons en maintenant à la vidéo de Peter Campus :

Dans la première transition on voit un homme passer au travers de lui-même, c’est un paradoxe puisqu’aucun objet physique ne peux traverser et être traversé au même moment (et encore moins par lui-même).
Le dispositif utilisé est composé d’une écran, d’un acteur et deux caméras (notons l’importance de l’écran qui permet à deux caméras de se faire face sans être vues l’une par l’autre) :

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Dans la second transition l’acteur s’efface le visage pour montrer le même visage mais en version statique. Le dispositif est composé d’une caméra, d’un acteur et de pâte bleue qui disparaît ensuite par le traitement vidéo :
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Dans la troisième transition l’acteur se fait disparaître à l’aide d’une carte bleue qu’il tient dans la main et de deux caméras l’une filmant la carte qui est brûlée et l’autre filmant l’acteur :

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Ces effets montrent qu’en associant les qualités de l’écran bleu à une disposition dans l’espace des éléments d’enregistrement on peut parvenir à des effets paradoxaux du point vue physique. Ces effets nous tordent la perception, ils donnent à voir quelque chose de normalement impossible si ce n’est dans l’espace mental de chacun d’entre nous. C’est un rêve qui prend forme.

Voici l’article consacré à Peter Campus sur wikipédia :


Peter Campus, né en 1937 à New York, est un photographe américain, l’un des artistes américains les plus importants des années 70 et un éminent représentant de l’art vidéo.

Il aborde très jeune la peinture puis la photographie, médium qu’il n’abandonnera jamais. D’abord formé à l’étude de la psychologie expérimentale, il poursuit des études de cinéma à New York. Tour à tour producteur pour la télévision, monteur free-lance, il décide de devenir réalisateur de film, projet qui se conclut par un unique essai conçu en 1966 Dark Light. De 1968 à 1970, Peter Campus aborde le monde de l’art en étant assistant à la réalisation de films pour Joan Jonas ou Charles Ross.

Il commence à travailler avec la vidéo en 1971 à l’aide d’un Portapac avec lequel il réalise ses deux premières bandes « Dynamic Field Series » et « Double Vision ». La vidéo « Three Transitions », une de ses oeuvres les plus emblématiques et d’une importance capitale pour ce jeune art, a été réalisée en 1973 et est composé de trois parties. Il y explore les possibilités créatives de la vidéo dans le but de représenter les transformations du moi intérieur et extérieur. Dans la première séquence, Campus filme des deux côtés d’un écran de papier invisible comment il le traverse d’un pas. Il paraît se donner un coup de couteau dans le dos, de rentrer dans son corps à travers l’incision et d’en ressortir par l’autre côté. Dans le deuxième film, l’artiste utilise la technique de l’incrustation vidéo ou du « blue screen » : il se maquille avec de la pâte (bleue) le visage, sur lequel est projeté son portrait animé. Ainsi, Peter Campus ne se cache pas derrière un masque figé, mais derrière son propre faciès projeté sur ce maquillage. Enfin, dans la troisième transformation, il enflamme une feuille de papier sur laquelle on peut voir son visage animé comme en train de se miroîter et par conséquent, de brûler.

Aujourd’hui Peter Campus explore les potentialités de l’ordinateur, utilisant des logiciels grand public. Il réalise des photographies altérées.