Dans cette troisième et dernière partie, nous partirons de la critique du modèle arborescent, hiérarchisé qui caractérise les réseaux de communication contemporains pour en imaginer d’autres formes, non-hiérarchiques.

Contre le modèle centralisé

Lors du questionnement qui a suivi les premières explorations topologiques; questionnement qui nous a fait douter de la viabilité du modèle arborescent; nous sommes revenus à la lecture de Deleuze et Guattari, plus précisément à l’introduction à Mille Plateaux : le concept de Rhizome. En voici quelques traits :

« Résumons les caractères principaux d’un rhizome : à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes.

Le rhizome est une antigénéalogie. C’est une mémoire courte, ou une antimémoire.

À l’opposé du graphisme, du dessin ou de la photo, le rhizome se rapporte à une carte qui doit être produite, construite, toujours démontable, connectable, renversable, modifiable, à entrées et sorties multiples, avec ses lignes de fuite.

Contre les systèmes centrés (même polycentrés), à communication hiérarchique et liaisons préétablies, le rhizome est un système acentré, non hiérarchique et non signifiant, sans Général, sans mémoire organisatrice ou automate central, uniquement défini par une circulation d’états. »

Bien que trop souvent employé, le concept de Rhizome semble décrire l’anti-modèle adéquat au système formel arborescent qui émerge de l’analyse topologique des réseaux de communication.
Il est intéressant de se pencher maintenant sur ces schémas de figures de réseaux proposés par Paul Baran (l’un des inventeurs d’Internet). Paul Baran propose en 1964, face aux systèmes classiques, centrés où polycentrés un modèle formel « maillé » qui s’approche du Rhizome de Deleuze et Guattari. Se faisant Baran pose les bases d’une vision de ce pourrait être Internet, et dirions nous aujourd’hui de ce qu’il n’a pas été et ce qu’il pourrait devenir.

esad_cartescollaboratives068
Si nous nous penchons maintenant sur les moyens pratiques de réaliser un tel modèle, nous proposons alors deux conditions :

1. Que chaque élément de noeud du réseau soit à la fois émetteur, récepteur et relais de contenu (brisant ainsi les polarités des réseaux hiérarchisés)

2. Que les connections puissent à tout moment s’effectuer entre un point et un autre du réseau. Il est donc difficile d’imaginer une telle condition avec des réseaux câblés. Il nous semble donc que ce soit par les ondes qu’une telle condition pourrait être satisfaite.

A ce titre citons deux projets :
Le premier « Fluid Nexus » proposé par Nick Knouf, qui fonctionne suivant les ondes bluetooth en utilisant un programme pour téléphone portable. Ce projet propose aux titulaires de ces programmes de pouvoir fonctionner en réseau, de proche en proche via le BlueTooth sans passer par les serveurs qui centralisent l’information téléphonique.
Le second est en cours de développement par Pied la Biche, il s’agit du « Domaine » fonctionnant sur un modèle proche en proche relativement similaire à Fluid Nexus mais utilisant cette fois-ci la bande passante publique des ondes hertziennes (Citizen Band) via des modems radios.

esad_cartescollaboratives069