Un samedi matin ou je me réveillais dans un appartement inconnu à Bruxelles je suis tombé nez à nez avec une de ces vieilles compilations de journaux d’époque (ici l’intégrale d’un journal illustré entre 1800 et 1945). En feuilletant l’un des tomes j’ai pu découvrir des gravures étonnantes qui mettent en avant des dispositifs de contrôle des individus (plans et coupes d’un négrier, schémas de champ de bataille etc.).
Parmi ceux-ci la pouponnière présente une richesse d’interaction et une configuration spatiale assez étonnantes.

Ci dessous la gravure prise en photo avec en superposition des lignes qui mettent en évidence les liens entre les deux bonnes et l’ensemble des enfants au travers de l’objet architectural.

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Ce que permet le dispositif c’est un contrôle par deux personnes uniquement et de la nourriture, d’un grand nombre d’enfants (ici 15).
Pour ce faire, il faut considérer tout d’abord que les organes des différents acteurs du dispositifs sont extraits (il fonctionnent par couples). Donc on trouve un couple oeil-main (les deux bonnes qui donnent à manger, l’oeil sert à disposer la nourriture au bon endroit), un couple main-bouche (les enfants qui mangent, les mains des bonnes leur portent à leur bouche les aliments) et enfin un couple oeil-oeil (qui relie les bonnes et les enfants).
Il y a donc un circuit double de contrôle : oeil-oeil et main-bouche.

Ce circuit est complété par un dispositif matériel formé d’une séparation centrale et de deux enclos périphériques qui servent à parquer les enfants qui ne mangent pas.

L’époque (ce que Foucault nomme les sociétés de surveillance) a vu émerger quantité de dispositifs de ce type dont les caractéristiques formelles récurrentes sont la circularité et la focalisation en un oeil central. Si le panoptique reste la figure la plus représentative de ces dispositifs, la pouponnière est un exemple d’un relais via d’autres organes que celui de la vue (bouche et main).

Ceci est résumé dans le schéma ci-dessous :

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