philippe_rahm_6 Echangeur d’air, 2009_Glass+Wood=Fresh Air

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Philippe Rahm nous a rendu visite à l’Architekturforum (AF) de Zürich. Le forum se trouve dans le Kreis 4, quartier de la Langstrasse, soit-disant rouge. Bars à putes, prostitution de lèche-vitrine, trafic en tout genre. Bon enfant. Une descente de police met parfois un peu de piment à cette carte postale. Des policiers qui font penser à des bonshommes Playmobil et qui quadrillent nuit et jour le quartier. J’ai oublié de préciser que le Kreis 4 abrite la plus haute densité de ce que les sociologues appellent « creative people ». D’où le récent emménagement de l’AF qui auparavant se trouvait dans la cossue vieille ville. Des nantis on passe aux bobos, c’est là aussi un raccourci caractérisant la création contemporaine zürichoise.
Philippe Rahm donc, dans le quartier chaud venu nous parler des sphères climatiques propre à l’homme et à son habitat. Le mot de la fin de cette conférence est une réponse à la question « pourquoi ne fais-tu (le tutoiement est souvent de rigueur en Suisse alémanique même en l’absence d’une quelconque relation plus personnelle avec le conférencier) intervenir dans tes projets qu’un facteur à la fois ? ». Réponse de l’interrogé, une envie de démonstration, très suisse, typiquement suisse même puisque Mario Botta à ses débuts : carré, triangle, cercle. Mais l’analogie s’arrête là, Philippe Rahm parle d’une autre perception spatiale et conçoit de manière diamétralement opposée aux Modernes, Post-modernes, Contemporains. Les diagrammes explicatifs des projets qui me semblaient incompréhensibles au fil des pages de publications prennent une dimension tout à fait claire au gré des explications de Philippe Rahm et de la démonstration de son architecture physiologique. Il a minutieusement étudié son histoire de l’architecture et connaît sur le bout des doigts le principe de quelqu’une des villas palladiennes : une partie pour chaque saison. En plus de cela, il décortique des faits physiologiques simples et passant d’ordinaire inaperçus comme transpirer, voir, avoir chaud ou froid, en fait les thèmes associés à des programmes de logement individuel, des musées, des cafés, des salles de sport. Philippe Rahm nous propose une autre approche du Genius Loci. Le lieu est habité par les quatre éléments, la présence de l’homme entraîne des dérèglements de l’équilibre primaire. La combinaison des quatre éléments cherche alors un nouvel équilibre. Philippe Rahm et son architecture se veulent les outils de cette recherche d’équilibre. Ils s’érigent ainsi contre ce que Heidegger nommait la « perversion du cycle naturel », réintroduisent les conditions atmosphériques dans nos cycles de vie. Mais ils savent aussi les contrarier, introduisant des facteurs qui ont des effets physiologiques « déplacés ». Des effets qui n’ont plus lieu d’être à cet endroit précis, mais qui existent ailleurs. Déplacements territoriaux car climat et territoire sont l’un et l’autre liés.

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villa_rotonda_planVilla Rotonda, 1567-71_Ideal House and Environment