Notes préparatoires à la conférence d’introduction à l’atelier « Brigitte & Michel » dans le cadre du programme « Urbanacion » à la Casa Encendida (Madrid).

Vous pouvez trouver le document de présentation ici

1.

Qu’est-ce que je peux faire ?

C’est notre premier questionnement. L’invention d’usages de l’espace peut-il remplacer (ou du moins compléter) l’aménagement de nouveaux espaces?
Habituellement on créer des aménagement en fonction d’usages que l’on définit. Il y a une relation normative entre l’usage et l’espace, On est sensé faire quelque chose de prédéfini dans un espace défini.

piedlabiche at urbanacion.004 par vous

L’usage normatif on le voit ici, une seule manière d’occuper ce matelas.

piedlabiche at urbanacion.005 par vous

Mais alors l’usage normatif il arrive bien souvent qu’il soit dépassé par l’usage effectif. C’est le cas de ce que les urbanistes nomment les lignes de traverses. On a beau prévoir ou les gens vont cheminer il y a toujours des raccourcis que les gens créent par leurs propres moyens.
Si maintenant nous partons d’un espace donné et que nous imaginons les usages possibles de celui-ci sans s’intéresser à ceux prédéterminés. Nous sommes dans une situation d’épuisement des possibles d’une configuration donnée, ou encore dans une démarche performative de l’espace.
Nous pensons que ce domaine est peu exploité en tant que démarche construite, puisque finalement nous le faisons au quotidien, tous autant que nous sommes.

2.

Chorégraphie = Architecture?

Dans un premier temps on peut simplement dire que la configuration des personnes peut faire une architecture temporaire.
Le mouvement des corps forme des figures spatiales au même titre que des murs, un sol, un toit …

piedlabiche at urbanacion.011 par vous

3.

Usage Inhabituel?

Un événement exceptionnel amène une occupation inhabituelle de l’espace. La configuration spatiale qui est à l’origine permet le flux de personne selon des modalités convenues (ici la marche) est mise en crise par la course de taureaux. Il y a friction et création de situations corporelles singulières (ici hommes entre eux, mais aussi hommes-animaux et hommes-cadre bâti)

Un changement saisonnier amène à une réintérpretation de la rue. La pente et la neige deviennent une piste de luge.

piedlabiche at urbanacion.014 par vous

Depuis 2003 le phénomène des FlashMob : « rassemblement éclair » illustre ce propos, en donne une version « organisée » et programmée.
Des individus se donnent rendez-vous via Internet pour une mobilisation éclair qui reconfigure temporairement les conditions spatiales d’un lieu.

4.

Occupation de l’espace / Topographie

Une manière de commencer à expliciter les modes d’invention d’usages. Il s’agit d’interpréter l’espace comme un cadre neutre avec une topographie propre en ne tenant plus compte des usages préétablis. Ainsi ce qui est vécu comme barrières, bancs, panneaux, peut se transformer en une série de modules, volumes à interpréter.

Se qui se fait par l’intermédiaire d’un instrument (un skate, une balle) peux se faire aussi directement avec le corps en contact avec les surfaces (murs et sols) de la ville.
Ainsi le corps au sol pose-t-il à sa manière de nouvelles conditions d’habitation de l’espace.

4.

Interprétation des signes

Il n’y a pas que la configuration de l’espace qui induit des formes de comportement. La ville est aussi couverte de signes à surface, signes qui codent les comportement au même titre que sa volumétrie.
Au délà de l’aspect coercitif, les signes peuvent aussi induire des formes qualitatives de comportement. A Copacabana, le dessin des pavés est calqué sur les pas de la samba. Par l’intermédiaire du dessin du trottoir, on marche en dansant.
L’exemple le plus évident de tracés qui amènent un usage particulier, c’est celui du terrain de sport.
A ce niveau aussi des possibilités d’invention existent. Elles consistent en la réinterprétation de ces tracés à d’autres fins, comme cet enfant qui joue sur cette moquette à motifs.

Alors peut être qu’il suffit parfois comme l’indique Richard Long de dessiner un cercle au sol pour que quelque chose se passe.

Sur le périphérique qui sépare Paris de sa banlieue nous avions projeté un soir, un passage piéton avec un vidéoprojecteur. La lumière au sol est prise comme terrain de jeu par des passants qui prennent possession de la route jusqu’à arrêter les voitures qui sortent de la voie rapide.

6.

Protocoles de détournement

Le détournement de l’espace on le fait de manière spontanée, régulièrement, en groupe ou seuls.
Ici nous nous posons la question de comment programmer le détournement. Quel protocole mettre en place? Nous proposons dans un premier temps une typologie incomplète des protocoles de détournement des pratiques de l’espace.

7.

Le récit

Il de superposer une narration construite à un cadre urbain donné.
Le mot dérive chez les situationnistes recouvre un ensemble de protocole qui consistent à suivre un récit imaginaire pour expérimenter la configuration de villes et éprouver ses qualités en dehors des usages préétablis.
Ici-Même Grenoble propose d’équiper une cinquantaine de personne de récepteur radio et de diffuser un programme sonore qui induit un certain nombre d’action dans l’espace public. Les participants au Cinéma Radioguidé se mettent ainsi à pratiquer la ville depuis des ordres sonores. Le récit est l’occasion d’une transfiguration de l’image-usage que l’on attribue aux espaces rencontrés. Le dispositif repose sur la capacité immersion du son.

8.

La règle

Il s’agit de se donner une règle stricte pour épuiser un lieu.

piedlabiche at urbanacion.037 par vous

Stalker prend une carte d’une ville et trace un trait rectiligne (ou tout autre figure géométrique : cercle, polygone etc.) sur celle-ci. Le jeu consiste ensuite à suivre cette figure pour mettre à mal la géométrie normative de la ville traversée.
L’acte de franchissement est alors valorisé comme point de rencontre entre ce qui à été décidé par le groupe qui traverse et la configuration du cadre.

piedlabiche at urbanacion.039 par vous

Antonin Fourneau propose OTERP, un jeu sur PSP géolocalisé à l’aide d’un GPS. C’est un jeu sonore qui consiste à composer des boucles en se déplaçant dans le plan du sol. Le son est relatif à la position GPS du joueur. Celui-ci peux donc décider de suivre un son, le long d’un d’un parallèle ou méridien et ainsi transgresser les parcours normatifs définis par la configuration du cadre urbain.OTERP se rapproche du Transect en substituant à la géométrie du tracé sur une carte une géométrie terrestre.

9.

La transposition

Il s’agit d’importer une action depuis un lieu vers un autre.

piedlabiche at urbanacion.042 par vous

Pour les Jeux d’Intérieur nous voulions déplacer des activités normalement extérieures (ou en tout cas pratiquées dans des grands espaces) vers un univers plus domestique. La réduction de terrains de jeu à l’échelle de l’espace domestique amène un décalage ludique.
Pour Refait nous reconstituons les 15 dernières minutes d’un grand match de football (France Allemagne 1982) en dehors du terrain « naturel » du jeu : les espaces extérieurs de la commune de Villeurbanne. La recherche de lieux ou retranscrire l’action trace en filigrane une cartographie de terrains de football potentiels de la commune.

10.

La reconstitution

Il s’agit de recréer une action passée dans le même lieu.

piedlabiche at urbanacion.046 par vous

The Battle of Orgreave est un long métrage réalisé par Mike Figgis sur la proposition de l’artiste Jeremy Deller. Il s’agit de la re-constitution de la grande grève et bataille qui a eu lieu entre les mineurs du Yorkshire et les policiers le 18 juin 1984. The Battle of Orgreave reconstitue le tournant dramatique de cette grève dix-sept ans plus tard. Au delà de l’aspect cathartique du projet, le retour d’une action passée retrace les conditions spatiales de son déroulement.
The Eternal Frame proposé par Ant Farm consiste en la reconstitution de l’assassinat de Kennedy. Une méditation sur le rapport espace-temps dans le contexte d’un événement critique.

piedlabiche at urbanacion.048 par vous

Un aspect non exploré de la reconstitution c’est celui de la transformation de l’espace. Rejouer dans un même lieu qui s’est transformer pourrait permettre de mettre en perspective le lien qu’il existe entre sa transformation et les usages qu’il a permis et qu’il permet.

11.

Pistes

piedlabiche at urbanacion.051 par vous

Ces quatre proposition forment un catalogue incomplet et ouvert de protocoles de détournement des usages dans l’espace public.